La visite de travail et d’amitié effectuée à Bamako, le 09 juin 2026, par Son Excellence Monsieur Romuald WADAGNI, Président de la République du Bénin, revêt une importance particulière tant pour les relations bilatérales entre le Mali et le Bénin que pour l’avenir du dialogue et de la coopération en Afrique de l’Ouest. Moins de trois semaines après sa prise de fonction, le nouveau Chef de l’État béninois a choisi de placer son mandat sous le signe de l’ouverture, de l’écoute mutuelle et du rapprochement entre les peuples de la sous-région.
Le nouveau chef de l’État béninois poursuit une séquence diplomatique dense, presque programmatique. Lagos d’abord, où il a rencontré le président nigérian Bola TINUBU, puis les capitales des États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), avant Abidjan. Bamako devient ainsi une étape charnière : celle où s’éprouve la possibilité d’un dialogue renouvelé entre le Bénin et les États sahéliens.
Le choix de ces destinations n’a rien d’anodin. En se rendant successivement au Nigeria, puis dans les pays de l’AES, le président WADAGNI cherche à inscrire son mandat dans une forme de pragmatisme diplomatique, en rupture avec les crispations de la période précédente.
Car les relations entre le Bénin et ses voisins sahéliens ont été profondément affectées par les tensions politiques des dernières années : débats autour des sanctions régionales contre le Niger, crispations sécuritaires, fermeture de représentations diplomatiques, et controverses liées aux flux pétroliers transitant par Sèmè-Kpodji. À cela s’est ajoutée une dégradation brutale du climat politique en décembre 2025, après la tentative de coup d’État au Bénin et ses répercussions diplomatiques en chaîne.
Dans ce paysage fragmenté, la visite à Bamako apparaît comme un geste de stabilisation.
Le Mali et le Bénin, une relation ancienne mais sous-exploitée
Contrairement à d’autres axes régionaux, le Mali et le Bénin n’ont jamais connu de rupture bilatérale majeure. Mais leur relation, paradoxalement, est restée en deçà de son potentiel.
Liés par l’Accord de création de la Grande Commission Mixte de Coopération signé en 1986 à Cotonou, les deux pays entretiennent un cadre institutionnel ancien mais peu activé. Une seule session a réellement structuré cette coopération : celle d’octobre 2001 à Bamako, qui avait pourtant identifié des secteurs stratégiques ambitieux : commerce, transport, agriculture, environnement, sécurité, culture, justice ou encore décentralisation.
Vingt-cinq ans plus tard, le constat demeure largement inchangé : une volonté politique affichée, mais une mise en œuvre incomplète.
Pourtant, les bases existent. Le Bénin accueille une importante diaspora malienne, les échanges commerciaux sont réguliers, et le port de Cotonou joue un rôle logistique crucial pour l’approvisionnement du Mali, notamment vers ses régions septentrionales. L’antenne des Entrepôts Maliens au Bénin, devenue autonome sous le nom d’EMABE, symbolise cette interconnexion silencieuse mais structurante.
Plus encore, la proximité géographique entre Cotonou et des centres maliens comme Mopti, plus proche que Dakar ou Abidjan, confère à cet axe un avantage logistique sous-exploité dans la stratégie d’approvisionnement du Sahel.
Un président béninois au profil technocratique assumé
Au-delà de la diplomatie, la visite de Bamako met aussi en lumière le parcours singulier du nouveau dirigeant béninois. Romuald WADAGNI incarne une génération de dirigeants africains issus des grandes écoles internationales et du secteur privé globalisé.
Formé entre Grenoble et Harvard, passé par Deloitte où il a mené une carrière internationale, il a dirigé pendant près de dix ans les finances publiques du Bénin avant d’accéder à la magistrature suprême. Sous son influence, le pays a connu une croissance soutenue, une modernisation accélérée des infrastructures et une transformation sociale notable, notamment dans l’éducation et la santé.
Ce profil de technocrate devenu président tranche avec les figures politiques classiques de la région, et contribue à redéfinir les codes de la diplomatie ouest-africaine : moins idéologique, plus gestionnaire, mais aussi plus attentive aux résultats concrets.
Bamako et Cotonou : le pari d’un nouveau cycle
À Bamako, le Président de la Transition, Assimi GOÏTA, les entretiens ont permis de revisiter l’ensemble de la coopération bilatérale, mais surtout d’envisager sa relance structurée. Il s’agit de la reprise des mécanismes de la Grande Commission Mixte, renforcement des échanges économiques et culturels, et coordination accrue sur les défis sécuritaires régionaux.
Au-delà des déclarations, un point essentiel se dessine, celui de la volonté commune de replacer les relations Mali, Bénin dans une logique de continuité institutionnelle, loin des turbulences géopolitiques immédiates.
La portée de cette visite dépasse le seul cadre bilatéral. Elle s’inscrit dans une tentative plus large de réapprentissage diplomatique en Afrique de l’Ouest, où les lignes de fracture entre CEDEAO et AES ont fragilisé les mécanismes traditionnels de coopération.
Dans ce contexte, Bamako et Cotonou semblent tester une voie médiane, celle d’un dialogue pragmatique, fondé sur les intérêts économiques réels, les mobilités humaines et les interdépendances logistiques.
Reste à savoir si cette dynamique survivra aux contraintes politiques régionales. Mais une certitude s’impose déjà : en choisissant Bamako si tôt après son investiture, le Président WADAGNI a envoyé un message clair, celui d’une diplomatie qui refuse la rupture comme horizon, et qui parie sur la reconstruction patiente des ponts régionaux.






